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lepasseportlitteraire

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[ENGLISH BELOW]

Ce roman nous emmène dans la vie de Clarisse, une femme au foyer arménienne à Abadan. On suit la quotidienneté de cette femme et son entourage: sa mère, sa soeur Alice, ses trois enfants (deux jumelles et un garçon en pleine crise d'adolescence), son mari toujours occupé par le travail, la politique ou les échecs, Nina son ancienne voisine et amie … Tout le monde repose sur Clarisse, femme patiente et toujours disponible. Sa cuisine est rarement vide, et elle s’occupe de tout et de tous, ce qui commence à la frustrer. L’arrivée de nouveaux voisins va chambouler Clarisse et son quotidien, en la poussant ainsi à reconnaître et se rebeller contre cette charge mentale, ce qui nous donnes des superbes moments d'émancipation féminine qui relèvent de l’ordinaire.

Nous avons l’habitude en effet, de toujours faire le lien entre émancipation féminine et “femme qui travaille”. Cependant, on fait rarement le lien entre émancipation féminine et femme au ménage. Comme si, en tant que femme, on ne pouvait pas s’émanciper tant qu’on reste au foyer. Alors, Clarisse nous montre tout à fait le contraire à mon avis.

Même si tout le roman est raconté du point de vue interne à Clarisse, l’autrice nous ouvre aussi la porte sur bien d’autres personnages féminins, chacune différente de l’autre, sans jamais tomber à mon avis dans le stéréotype ni dans le banal, et, à travers multiples repas arméniens (toujours ou presque dans la cuisine de Clarisse), l’autrice nous livre leurs histoires et nous fait découvrir au même temps la vie au sein de la minorité arménienne d’Iran qui a du mal à se sentir partie intégrante du pays, dans un milieu bourgeois, où les hommes s’occupent de politique et les femmes de cuisine… au moins jusqu’à là.

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This novel takes us into the life of Clarisse, an Armenian housewife in Abadan. We follow the daily life of this woman and her entourage: her mother, her sister Alice, her three children (two twins and a boy in the midst of a teenage crisis), her husband always busy with work, politics or chess, Nina her former neighbour and friend ... Everyone relies on Clarisse, a patient and always available woman. Her kitchen is rarely empty, and she takes care of everything and everyone, which starts to frustrate her. The arrival of new neighbors will upset Clarisse and her daily life, pushing her to recognize and rebel against this mental burden, which gives us superb moments of female emancipation that are part of the ordinary.

Indeed, we are used to always making the link between female emancipation and "working woman". However, we seldom make the link between female emancipation and "housewife". As if, as a woman, we cannot emancipate ourselves as long as we stay at home. So Clarisse shows us the exact opposite, in my opinion.

Even if the whole novel is told from Clarisse's internal point of view, the author also opens the door to many other female characters, each one different from the other, without ever falling into stereotypes or banality, and, in my opinion, through multiple Armenian meals (always or almost always in Clarisse's kitchen), The author tells us their stories and at the same time makes us discover the life of the Armenian minority in Iran, which finds it difficult to feel part of the country, in a bourgeois milieu, where the men are in charge of politics and the women of the kitchen... at least until now.




Je suis depuis longtemps Virginie Despentes, et notamment ses interventions dans l’espaces public. Comment oublier son article sur l’affaire Polanski, un article bruyant, impénitent, qui n’a pas peur de gueuler. « On se lève et on se casse ». Yes, dis-leurs !!

Depuis longtemps je ressentais le besoin de lire tout ce que ça plume avait pu « vomir » dans les années.

J’ai donc fini par enfin acheter son premier roman, paru en 1994 « Baise-moi ». Le titre a déjà une puissance à lui seul. J’avoue avoir gagné quelque regard de personnes mal à l’aise en voyant le livre à côté de moi, et si d’habitude on me demande ce que je lis, cette fois-ci personne n’a rien demandé.

J’ai trouvé que la spécificité, voir la rareté de ce roman, est dans la manière de présenter les deux protagonistes. Nous sommes de plus en plus habitués à lire des romans qui nous présentent des « personnages féminins fortes » ou « indépendantes » et ainsi de suite. Certes, ça fait plaisir, mais c’est aussi vrai qu’on se retrouve souvent avec des femmes quasi parfaites. Là on suit deux protagonistes complétements libérées de tout cliché littéraire féminin : sexe, violences, assassinat …Elles sont libres, mais dans l’exercice de leur liberté elles prennent des choix auxquels le lecteur ne peut pas adhérer.

Elles ont toutes les deux un passé traumatique, mais à la place de se concentrer sur leurs souffrances, sur leur rôle de victimes, on se concentre sur leur présent de criminelles. On a deux protagonistes femmes, dans le rôle des méchantes, et ça fait du bien.
challenging dark emotional inspiring reflective sad slow-paced
adventurous dark emotional reflective sad tense fast-paced
Strong character development: Yes

 [English below]

Comment un livre racontant l’inhumanité de la guerre, ses horreurs et atrocités, son sang et ses morts, pourrait-il offrir de la tendresse? Le concept de guerre et tendresse paraissent loin, très loin l’un de l’autre, pourtant David Diop arrive à transmettre aux lecteurs ses deux mêmes sentiments à la fois.

David Diop rentre dans la tête et dans le corps de Alfa Ndiaye, tirailleur sénégalais pendant la Grande Guerre. Alfa a gagné une médaille pour avoir ramené le corps de son compagnon tombé durant une bataille, mais ce n’est pas comme ça que Alfa se voit: il ne se voit pas héros, mais lâche pour avoir nié à son “plus que frère” une mort digne et rapide. Quand son “plus que frère” l'a supplié de l’achever et d’arrêter ses souffrances, il refuse au nom d’une humanité à laquelle il renonce juste après sa mort. Après la mort de son “plus que frère”, Alfa vire à la folie, mais à une folie choisie, à une folie réfléchie, il devient “sauvage par réflexion". Cette même folie qui va pousser le capitaine à le forcer au repos pendant un mois, car seule la folie temporaire est permise sur le champ de bataille. 

Pendant son repos forcé, Alfa Ndiaye est accueilli dans un hôpital où un médecin qu’il définit comme étant le “purificateur de nos têtes souillées de guerre” lui demande de faire des dessins: à travers ces dessins, l’auteur nous plonge dans le passé d’Alfa, son enfance, son amitié avec son “plus que frère”, l'enlèvement de sa mère et son premier et dernier amour avant de partir en guerre. Ce sont ces dessins qui nous offrent les meilleurs moments dans l’histoire à mon avis, des moments extrêmement touchants, délicats et tendres. 

Ce livre à été une de mes meilleures lectures de l'année, voir de ma vie, et je ne peux que vous le conseiller. Ce n’est certainement pas une lecture facile au vu du sujet, mais l’écriture sublime de David Diop rend la lecture indispensable, même face aux passages les plus crus il m'a été impossible de m’arrêter, et il a même réussi à me voler quelques larmes (chose pas facile, je vous assure).
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How could a book that tells the story of the inhumanity of war, its horrors and atrocities, its blood and its deaths, offer tenderness? The concept of war and tenderness seem far, very far apart, yet David Diop manages to convey to readers his two same feelings at the same time.

David Diop gets into the head and body of Alfa Ndiaye, a Senegalese skirmisher during the Great War. Alfa won a medal for bringing back the body of his fallen comrade during a battle, but that's not how Alfa sees himself: he doesn't see himself as a hero, but as a coward for denying his "more than brother" a dignified and quick death. When his "more than brother" begged him to finish him off and stop his suffering, he refused in the name of a humanity he renounced right after his death. After the death of his "more than brother", Alfa turns to madness, but to a chosen madness, a thoughtful madness, he becomes "savage by reflection". This same madness that will push the captain to force him to rest for a month, because only temporary madness is allowed on the battlefield. 

During his forced rest, Alfa Ndiaye is taken into a hospital where a doctor, whom he defines as the "purifier of our war-stained heads", asks him to make drawings: through these drawings, the author plunges us into Alfa's past, his childhood, his friendship with his "more than brother", the kidnapping of his mother and his first and last love before going to war. These are the drawings that offer us the best moments in the story in my opinion, extremely touching, delicate and tender moments. 

This book has been one of my best readings of the year, or even of my life, and I can only recommend it to you. It is certainly not an easy reading in view of the subject, but David Diop's sublime writing makes it indispensable reading, even in the face of the crudest passages it was impossible for me to stop, and he even managed to steal a few tears from me (not an easy thing, I assure you).